Rechercher

ENTRETIEN : LES IMPACTS EMOTIONNELS DE LA CRISE SUR LES SALARIES

La crise du Covid19 : un moment très intense à gérer émotionnellement !


Entretien avec Anne-Sophie PERRIN, fondatrice de Lyscoach, et spécialisée en Intelligence Emotionnelle.





Anne Sophie Perrin, vous êtes diplômée de l’ESCP, Executive Coach ICF formée selon les standards de l’International Coach Federation. Pendant plus de 20 ans, vous avez travaillé dans la banque d’investissement, la banque privée à des postes très variés et décidé de mettre votre expérience du management dans des environnements internationaux au service des entreprises. Aujourd’hui, votre structure « Lyscoach » aide les managers et les talents à être plus engagés, plus performants et à s’épanouir dans leur travail.


La crise du Covid19 est un moment très intense à gérer émotionnellement. Dans ce contexte, pouvez-vous nous éclairer, comment une entreprise peut-elle rebondir de manière résiliente et retrouver de l’élan dans un moment où le risque de contagion du virus nous demande encore de retenir nos élans relationnels ?

Comme l’indiquait en effet le psychiatre Serge Hefez, invité sur le plateau de « C’est à vous » sur France 5 en mars dernier, nous sommes en train de vivre un traumatisme collectif.

L’une des clés de la résilience est de se donner les moyens d’en bâtir les fondations. L’un des moyens de les constituer est d’accepter la réalité telle qu’elle est.

Or, si la réalité de cette épidémie est souvent partagée de manière générale, la manière dont elle est vécue émotionnellement est très personnelle.

Cette unicité du vécu émotionnel, c’est ce que chaque salarié, chaque manager, chaque dirigeant, apporte avec lui dans l’entreprise, en présentiel, ou à distance avec le télétravail.


Comment favoriser le rebond ?

Pour favoriser le rebond, chaque individu dans l’entreprise a intérêt à prendre en considération son vécu émotionnel.

Toutes les émotions, qu’elles soient plaisantes ou déplaisantes, sont utiles.

Chacune d’elle est porteuse d’une information, pour nous, et pour les autres.

Ecouter le message de ses émotions, c’est se donner une chance d’identifier le besoin qu’elles révèlent, et de le nourrir si ce besoin n’est pas satisfait.

Dans le cas contraire, le risque est d’accentuer l’intensité d’un climat émotionnel déplaisant ; de faire naître des conflits qui peuvent être évités ; d’exclure certains collaborateurs dans un moment où chaque ressource est nécessaire à la reprise de l’activité.

Il faut intégrer que la crise sanitaire a apporté son lot d’émotions :

Des émotions déplaisantes telles que la peur : peur de la mort, de la maladie ; peur de perdre un être cher ; peur due à une perte de revenus liée à l’arrêt brutal de l’activité économique.

La colère : colère contre le gouvernement, pour ne pas avoir suffisamment préparé cette crise, pour avoir renoncé au fil des années à renouveler l’équipement prévu pour faire face à une épidémie (masques, blouses, charlottes etc) ; colère contre ceux qui prennent des risques inutiles ; colère de ceux qui vivent cette période avec des jeunes enfants dans un appartement exigu ; colère contre les différences de situation entre ceux qui sont surchargés de travail de certains alors que d’autres s’ennuient.

L’envie : envie de ceux qui sont partis vivre le confinement dans leur résidence secondaire loin de Paris ; envie de ceux dont le revenu n’est pas sensible à un ralentissement de l’activité ; envie de ceux qui ne traversent pas la maladie de la même façon.

La tristesse : tristesse de perdre un être cher, tristesse de ne pas pouvoir rendre visite à ses parents ou grands-parents âgés

Mais aussi des émotions plaisantes telles que la joie pour certains de se retrouver en famille.

La fierté de contribuer à combattre cette épidémie, en se battant au quotidien comme le personnel soignant sur le front de l’épidémie dans les Ehpad ou les hôpitaux, en continuant à travailler pour assurer notre approvisionnement en produits de 1ère nécessité, en respectant les règles du confinement, les gestes barrière, en mettant en œuvre des actions solidaires.

La satisfaction de pouvoir revenir à l’essentiel dans nos vies.

Le soulagement d’arrêter de courir et de s’épuiser.

Afin de les dédramatiser, de les faire baisser en intensité pour laisser la place à autre chose, il est important de prendre le temps d’être à l’écoute de son état émotionnel et de celui de ses collaborateurs.

Par quels moyens développer l’écoute ?

Développer l'écoute de soi


C’est une démarche très personnelle qui peut être mise en avant au sein de l’entreprise. Chaque salarié a tout intérêt à se mettre régulièrement à l’écoute de son état émotionnel.

Ce peut être tout simplement en prenant le temps, au moins 1 fois dans la journée, d’instaurer une pause dans un endroit dédié ou pas, et de se demander d’abord au travers de ses sensations corporelles : comment je me sens aujourd’hui ?

Il s’agit de trouver les moyens de se connecter à soi. Ce temps de diagnostic est indispensable.

A ce titre, j’interviens auprès des entreprises et propose des parcours de coaching individuel. Certains parcours peuvent être spécifiquement centrés sur le développement de l’intelligence émotionnelle (Parcours ACE : Accompagnement Centré Emotions). C’est une démarche qui s’inscrit dans la durée. Le coaching peut inclure le passage d’un test de Quotient Emotionnel développé pour les entreprises, en début et en fin de parcours.


Favoriser l’écoute de ses collaborateurs ?

Au niveau collectif, cela passe par une proximité et une écoute donnée par la direction à ses managers et aux managers à leurs collaborateurs.

Cette écoute peut prendre la forme d’entretien individuels plus réguliers avec ses collaborateurs directs.

Faire savoir à chaque salarié qu’il est important, utile par le « management by walking around ».

Inclure tout le monde.

Il s’agit de laisser la possibilité à la vulnérabilité d’exister et de s’exprimer, et d’y répondre par de l’écoute, de la bienveillance et de l’encouragement à contribuer à la phase de rebond nécessaire.

Il revient à la Direction Générale de diffuser un certain état d’esprit, en réaffirmant les valeurs de l’entreprise et sa Raison d’Etre, encourageant une véritable culture de l’écoute.

Différents ateliers collectifs peuvent répondre à ces besoins et renforcer la cohésion d’équipe, autour de deux thématiques principales :

- « Ecoutez vos émotions et celles des autres pour améliorer votre relationnel »

Cet atelier permet aux équipes de mieux communiquer et de développer un climat favorisant plus de performance et d’engagement.

- « Mieux comprendre les différences pour les utiliser positivement ». Celui-ci identifie ce qui est fait sans effort et contribue à appréhender les différences par rapport aux autres afin de mieux utiliser les complémentarités.

Ces solutions de coaching s’inscrivent dans la démarche proposée par SpAciency.

Comment saisir ce momentum pour se donner les moyens d’écouter et prendre en considération le vécu émotionnel de chaque collaborateur à partir d’un diagnostic sur leurs ressentis, qui soit force de proposition pour renforcer la cohésion, l’inclusion et le bien-être.

Interview réalisée par Isabelle Maugard et Anne Rolland

#Postcovid#Rebondir#intelligenceémotionnelle#Futureofwork

24 vues0 commentaire